chapter  IV
Tenure Fonciere et Valeurs Religieuses
WithDaniel Biebuyck
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La signification traditionnelle de la terre en Afrique est déterminée autant par des considérations magico-religieuses que par des facteurs économiques et la structure sociale et politique de la communauté. Cette réalité est indiscutable et les exemples abondent dans la littérature. Il est intéressant de noter que les auteurs africains, comme L. S. Senghor, K. A. Busia, J. Kenyatta attachent grande importance aux pouvoirs spirituels de la terre et aux relations mystiques existant entre terre, ancêtres et vivants. Parlant des Ashanti, K. A. Busia écrit que les terres sont considérées comme appartenant aux ancêtres et que les vivants ont hérité d’eux le droit d’en faire usage. Non seulement les ancêtres possèdent-ils les terres, mais aussi veillent-ils à ce qu’elles soient employées adéquatement. De là chez les vivants cette sorte de peur de mal agir en aliénant la terre. 1 Chez les Logoli l’attitude religieuse vis-à-vis de la terre est principalement déterminée par l’idéologie des ancêtres. Les hommes veulent plaire à ces ancêtres par l’attitude respectueuse envers les terres premièrement occupées par eux et, en même temps, éviter leurs influences malveillantes. 2 En matière foncière, les Tallensi associent toujours la peur de punition mystique par les ancêtres aux obligations envers leurs héritiers et dépendants. L’aîné du lignage minimal doit et veut préserver son patrimoine foncier pour ses héritiers, parce qu’il est le fondement même de la subsistence du lignage. 3 Chez les Shona la terre est avant tout l’apanage des esprits ancestraux; à chaque niveau de la hiérarchie politique se situe un grand esprit ancestral (mhondoro) auquel est associé un medium, et qui doit assurer le bien-être du groupe. En République du Congo, où chez la plupart des tribus le culte ancestral est bien développé, cette association mystique entre terre et 36ancêtres était, sous le régime foncier de la domanialité des terres vacantes, devenue le thème majeur pour démontrer l’inaliénabilité de la terre. Il est évident que cette association entre terre, ancêtres et inaliénabilité est loin d’être universelle en Afrique et qu’elle est inexistante chez les peuples qui, comme les Tiv ou Kuba, ne pratiquent pas le culte ancestral. D’autre part, avec D. Forde l’on peut voir dans cette association l’usage de symboles en référence au maintien de la communauté et de la continuité de celle-ci.