ABSTRACT
Avec le recul des glaciers en conséquence du changement climatique, de nouveaux sites de gestion et de stockage des ressources en eau apparaissent en 27Suisse et gagnent en importance en raison de la diminution du stockage naturel que représentent les glaciers actuels. Le réservoir polyvalent du Gornerli, situé au-dessus de Zermatt, une station de ski alpine bien connue du sud de la Suisse, est un nouveau réservoir formé par un barrage-voûte dont la construction est prévue dans le cadre de la transition énergétique suisse. Avec 650 GWh, il possède de loin la plus grande capacité de stockage des 15 extensions ou nouvelles constructions de réservoirs envisagées au niveau national. Une autre caractéristique notable de ce réservoir est son bassin versant d’altitude, fortement glaciaire. La fonte rapide des glaciers due au réchauffement climatique entraînera la formation d’un lac naturel dans les années à venir, dans une dépression prononcée formée par la topographie de la roche sous-jacente, tandis que les pics de crue augmenteront considérablement. À long terme, la sédimentation du réservoir représente un défi majeur afin de maintenir la capacité de stockage active de tels réservoirs périglaciaires.
Ce projet stratégique de barrage-réservoir vise notamment à (i) accroître la sécurité de l’approvisionnement énergétique hivernal de la Suisse et (ii) protéger Zermatt et la vallée du Mattertal en aval contre les inondations. Une analyse du retrait des glaciers, de la production de sédiments et de la gestion des crues a confirmé le grand potentiel de ce site. Après l’achèvement prévu du barrage en 2032, une partie substantielle du volume du réservoir sera encore occupée par le museau du glacier en retrait pendant 20 à 40 ans. Malgré des incertitudes considérables, l’impact de la sédimentation est supposé être étonnamment faible, avec une perte estimée à moins de 1 Mm3 après 80 ans d’exploitation, ce qui représente 0.5 % de la capacité de stockage active du réservoir, qui est de 152 Mm3. Cette faible valeur, malgré des apports considérables de sédiments en suspension, peut s’expliquer par la géométrie du réservoir et le lac naturel profond qui se formera, constituant un grand volume de stockage mort.
Il peut également être démontré qu’un hydrogramme de crue de 80 heures délivrant 20 Mm3 d’eau dans le réservoir pourrait être entièrement retenu par le barrage avec une revanche de 5.6 m entre le niveau de remplissage maximal et le couronnement du barrage. L’étude souligne l’importance d’améliorer la cartographie du toit du rocher sous le glacier actuel tout en donnant des recommandations sur l’élaboration d’études proactives, en particulier sur la distribution granulométrique des sédiments, et le développement de potentielles mesures pour la gestion durable des sédiments qui se déposeront devant le barrage.
