ABSTRACT

La crue « centennale » de décembre 2003, qui a occasionné 4 brèches dans les digues du grand delta du Rhône provoquant le déversement de 217 millions de m3 dans la zone protégée, l’inondation de plus 12 000 personnes et générant 700 millions d’euros de dommage, a révélé la nécessité d’une politique de prévention des inondations cohérente et solidaire sur l’ensemble du bassin rhodanien. Elle s’est traduite par la mise en œuvre d’un projet interrégional sous l’égide de l’État et des régions : le plan Rhône. Le programme de sécurisation mené sous maîtrise d’ouvrage du SYMADREM, d’un montant de 450 millions d’euros, est l’une des principales composantes du volet inondations de ce plan.

Plutôt que de rehausser les digues, ce qui avait été, jusque-là, la réponse apportée par les pouvoirs publics après chaque inondation, les principes suivants ont été retenus :

Accepter les inondations pour les crues rares (crue centennale en amont d’Arles et cinquantennale en aval d’Arles) ;

Considérer la formation de brèche comme inacceptable jusqu’à la crue millénale.

Ce choix passe par une sécurisation complète des systèmes d’endiguement jusqu’à la crue millénale, la réalisation de digues résistantes à la surverse et la gestion et le ressuyage des volumes d’eaux déversées.

De 2003 à 2023, 73 km de digues fluviales ont été sécurisées (sur 227 km) avec la réalisation notamment de 10 km de digues résistantes entre Beaucaire et Arles, pour un montant total de 220 millions d’euros sur les 450 millions nécessaires à la sécurisation globale du système de protection. D’importants travaux (70 millions d’euros) de mise en transparence hydraulique du remblai ferroviaire entre Tarascon et Arles ont également été réalisés par la SNCF pour permettre le transit des crues débordantes.

1784Le présent rapport revient sur les éléments essentiels de ces 20 années de concertation, d’études et de travaux. Le premier chapitre est consacré au contexte historique : la construction, après les inondations catastrophiques de 1840 et 1856, de digues qualifiées d’insubmersibles ainsi que les principaux enseignements de l’accidentologie basées sur les 114 départs de brèches et de brèches recensées depuis 1840. Le second chapitre rappelle rapidement le déroulement et le bilan de la crue centennale de décembre 2003, la plus forte crue depuis 1856 avant de détailler la réponse apportée par le plan Rhône : un changement de paradigme fondé sur l’acceptation des inondations et le développement d’une culture du risque. Ce chapitre pointe notamment le passage sensible d’un risque aléatoire, imprévisible et très fort d’inondation par brèche au risque certain, prévisible et très faible d’inondation par surverse sans brèche. Les troisièmes et quatrièmes chapitres évoquent respectivement la conception hydraulique du système de protection de 1er rang et la gestion des volumes déversés une fois les digues résistantes à la surverse franchies par le Rhône : digues de 2ème rang, transparence hydraulique d’un remblai ferroviaire et de canaux en remblai. Le cinquième chapitre est consacrée à la définition de la cote de danger du système et l’enseignement qui a suivi (adaptation de la conception des digues situés en amont du système). Le sixième chapitre traite des choix opérés pour la conception et le dimensionnement des ouvrages urbains (quais, digues maçonnées) et ceux réalisés hors des villes (digue en terre non renforcées au déversement et digue résistante à la surverse). La conclusion décrit les bénéfices apportés par les travaux en fonction de l’état d’avancement des travaux pour conclure sur la cartographie numérique interactive mise en place pour faire émerger une véritable mémoire et culture du risque à l’échelle du delta.